Du local au global : essai de clarification idéologique préalable. Discours concurrents et revitalisation linguistique en Provence. more

Costa, J. (2011). Du local au global : essai de clarification idéologique préalable. Discours concurrents et revitalisation linguistique en Provence. In F. Manzano (Ed.), Unité et diversité de la linguistique (pp. 233-255). Lyon: Publications du Centre d'€™Etudes Linguistiques / Editions de l'université Jean Moulin, Lyon 3.

Du local au global : essai de clarification idéologique préalable Discours concurrents et revitalisation linguistique en Provence1 James Costa, ICAR (UMR CNRS 5191, INRP & Université de Lyon) Introduction La défense d’une langue vue comme menacée, comme tout phénomène social, suppose un certain nombre de prises de position nécessairement situées, socialement ou moralement autant que politiquement. Ces phénomènes, nécessairement discursifs, sont le fait de plusieurs types d’acteurs : linguistes, militants, locuteurs, enseignants etc. Nous faisons ici l’hypothèse, à la suite des travaux critiques de Deborah Cameron autour de la notion d’hygiène verbale2 (Cameron, 1995, 2007) que les discours autour de la « mort des langues » sont la manifestation de questions sociétales n’ayant en réalité que très peu à voir avec des questions linguistiques, et qu’à travers eux s’expriment des conflits idéologiques liés aux enjeux sociaux d’une époque donnée. Cet article, centré sur le contexte de la revitalisation linguistique en Provence, se propose d’étudier de manière critique (Blommaert & Bulcaen, 2000 ; Fairclough, 1992 ; Heller, 2002) trois documents militants participant à ce que Fairclough (1992) nomme une « chaîne intertextuelle », un dialogue suivi entre différents niveaux de textes, ici entre des discours locaux et, nous en faisons l’hypothèse, d’autres discours à visée plus globale. Les documents retenus visent faire advenir une certaine vision de la langue régionale de Provence, un certain découpage du monde social. Nous essaierons de montrer comment le débat en cours sert de miroir sur une scène réduite à des débats qui ont cours à un niveau plus global, et comment certains mouvements militants résistent de manière locale à d’autres mouvements qu’ils associent, à tort ou à raison, à des processus de globalisation (économique, culturelle) plus large. Cet article doit beaucoup aux remarques et commentaires de Patricia Lambert (UMR ICAR) et Michel Bert (UMR ICAR & UMR DDL). Toute erreur ou omission est de ma seule responsabilité. 2 L’hygiène verbale est définie par Cameron (1995) comme l’ensemble des tentatives délibérées d’agir sur une variété langagière, sous forme de prescriptions, de jugements, de propositions, d’alternatives etc. 1 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Une telle démarche suppose « une identification des sources de pouvoir et de valeur, des manières de les distribuer, et des stratégies des acteurs autour de ces ressources, aussi bien que des conséquences » (Heller, 2002, p. 76). Centré sur trois textes en particulier, notre article est informé par un travail de terrain en Provence depuis plusieurs années, comme militant et enseignant d’abord, puis comme sociolinguiste. Ce travail doit déboucher en 2010 sur une thèse de doctorat en sociolinguistique sur les idéologies liées aux questions de revitalisation linguistique en Provence et en Ecosse. Il existe aujourd’hui en Provence un vif débat idéologique à propos de la langue régionale qui y est parlée, entre militants comme entre linguistes (cf. par exemple l'échange entre P. Blanchet et D. Sumien dans la revue Glottopol : Blanchet, 2008 ; Sumien, 2009, pour un exemple de débat entre linguistes). Ainsi, une idéologie pan-occitane, qui tend à considérer que le provençal serait une variante locale d’une langue parlée sur l’ensemble du Sud de la France ainsi que dans certaines parties de l’Espagne et de l’Italie, interagit avec3 des idéologies qui traitent le provençal comme une langue à part entière, séparée de l’occitan et faisant partie d’un ensemble qui serait celui des langues d’oc, au pluriel. On peut considérer que cette confrontation idéologique prend sa source au 19e siècle au moins, au temps de la Renaissance provençale autour du Félibrige et de Frédéric Mistral. Cette confrontation, particulièrement violente depuis le début du 21e siècle, concerne des enjeux de nomination et de délimitation de variantes linguistique dans un contexte de déclin linguistique avancé. Un trait commun les rapproche néanmoins : les discours tenus aujourd’hui autour de ces langues cherchent à s’inscrire dans un contexte global de « mort des langues », ou de « langues en danger », pour reprendre la terminologie de l’Unesco (2009). Notre travail se situe par ailleurs dans la lignée des travaux de Kroskrity (2009) sur la « clarification idéologique préalable », moment réflexif nécessaire avant toute réflexion en termes d’aménagement linguistique. Il s’agit, pour Kroskrity, d’identifier les questions liées à la langue et soumises à une contestation d’ordre idéologique4 dans un contexte donné. Plus spécifiquement en ce qui concerne cet article, nous cherchons à identifier les enjeux idéologiques fondateurs dans les processus de différentiation des mouvements militants linguistiques en Provence, et, de ce fait, dans la formation de discours concurrents concernant Pour reprendre la terminologie de Field & Kroskrity, 2009, p. 25. Par idéologie, nous entendons un ensemble de croyances socialement partagées, acceptées comme évidentes et universellement vraies, liées à des intérêts de pouvoir, social, politique, économique, matériel ou symbolique (Woolard, 1998). 4 3 2 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   la revitalisation de la langue régionale. Nous cherchons en outre à comprendre à quels discours globaux ils se rattachent. Pour ce travail, qui se veut exploratoire et ne prétend nullement à l’exhaustivité, nous analysersons les documents suivants (que nous reproduisons en annexes) : l’« appel à la manifestation5 » de Carcassonne (désormais T1) émis en juin 2009 par une confédération de cinq associations militantes : Institut d’Estudis Occitans [IEO], Fédération des Enseignants de Langue et Culture d’Oc, la Fédération des Écoles Calandretas, « écoles occitanes associatives et laïques », Òc-Bi (« association de parents d’élèves pour l’enseignement bilingue public »), le Félibrige (« mouvement de défense de la Langue d’Oc fondé en 1854 par Frédéric Mistral »). Cet appel est disponible dans les six dialectes occitans reconnus par des linguistes comme Bec (1973), ainsi qu’en français. C’est cette dernière version que nous utiliserons pour nos analyses. l’appel à une « Grande manifestation pour la langue et la Culture Provençales6 » à Arles (désormais T2), diffusé par le Collectif Prouvènço, en vue d’un événement devant se tenir le 3 octobre 2009, ainsi que le « Manifeste pour la Provence » (2007), produit par la même association. Les pages d’ouverture du Livre Blanc pour l’avenir des langues niçoise et provençale, (désormais T3) préparé par la Fédération des Associations du Comté de Nice et l’Union Provençale (2003, pp. 2-3). Les trois textes se trouvent en annexe à la fin de cet article. Fonder une légitimité Dans cette première partie, nous cherchons à montrer comment les principaux mouvements militants provençaux s’organisent les uns par rapport aux autres. Ces textes ont en commun leur caractère rassembleur, en ce sens qu’ils prétendent faire converger un grand nombre de personnes autour d’idées fédératrices en termes de planification linguistique dans le but de revitaliser la langue dont ils se réclament, à travers deux manifestations publiques concurrentes pour T1 et T2. Ils représentent par ailleurs un 5 6 http://www.manifestarperloccitan.com/, consulté le 08/09/2009. http://www.collectifprovence.com/spip.php?article141, consulté le 08/09/2009. 3 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   nombre important de militants, puisque le premier représente une fédération des principaux organismes militants historiques, dont le Félibrige et l’IEO ; T2 se réclame de « près de 8000 adhérents, 150 associations et plus de 100 communes et communautés de communes en Provence7 » ; enfin, l’Union Provençale (T3) se présente comme regroupant 85 associations culturelles8. Les deux premiers textes datent de 2009 mais ils reprennent un argumentaire soigneusement élaboré pour de précédentes manifestations, en 2005 et 2007 pour le premier document, en 2007 pour le second. Le troisième document, plus ancien, est néanmoins toujours d’actualité puisqu’il est encore présent sur divers sites internet, et par ailleurs repris en grande partie dans l’argumentaire en ligne de l’Union Provençale9. Ils nous semblent donc bien refléter l’ensemble des sensibilités principales officielles dans le débat actuel en Provence autour de la question de la langue régionale. La question de la légitimité des mouvements militants est centrale en ce sens qu’elle conditionne le succès de leurs appels. Si le Félibrige ou l’IEO peuvent se revendiquer d’une légitimité historique, littéraire ou scientifique, les mouvements plus récents, comme le Collectif Prouvènço, doivent prouver la leur autrement. La différence en termes de légitimation entre les documents émanant des associations plus anciennes (T3 et T1) ne tient pas à leurs références intertextuelles : ces deux textes introduisent leurs propos de manière classique dans le domaine des langues en danger par une référence de type écologique à la disparition annoncée de la diversité linguistique (thème récurrent depuis l'article de Hale, et al., 1992, et analysé par Cameron, 2007). Dans les deux cas, il s’agit de justifier une action par des références à un discours circulant de manière globale, et rendus de plus en plus disponible par leur disponibilité dans les media. Cette référence est présupposée connue dans T1 (la phrase : « La préservation de la diversité linguistique et culturelle dans le monde est un enjeu majeur pour les années à venir », est ici un simple rappel), mais moins dans T3, plus ancien, qui développe plus : « Il n’en reste pas moins que le provençal et le niçois sont en danger : ils sont mentionnés comme tels dans l’Atlas des langues en péril dans le monde, de l’UNESCO ». Dans le premier cas, l’accent est mis sur un processus, ici nominalisé : « la préservation » (cf. Fairclough, 1992). Site du Collectif Prouvènço, http://www.collectifprovence.com/spip.php?rubrique55, consulté le 08/09/2009. 8 Site de l’Union Provençale, présentation de l’association, http://prouvenco.presso.free.fr/mouvemen.html#up, consulté le 08/09/2009. 9 Site de l’Union Provençale, présentation du provençal, http://prouvenco.presso.free.fr/prouvencau.html, consulté le 08/09/2009. 7 4 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Dans le second cas ce sont les langues qui sont mises en avant dans leur état de mise en danger. Dans l’un comme dans l’autre cas, les procédés stylistiques employés permettent d’éviter la question des agents responsables de ce fait, peut-être pour pouvoir désigner l’État comme responsable in fine. Il s’agirait dans ce cas de faire prendre en charge par l’institution la question du renversement de la substitution linguistique en cours, dans le cadre d’une réparation d’un dommage historique. T3 et T1 se positionnent ainsi de manière similaire, idéologiquement parlant, face à l’État. La différence principale entre T3 et T1 porte donc surtout sur le choix des limites de langues et des désignations : quel(s) territoire(s) pour quelle(s) variété(s) langagières(s) ? Et par delà cette question : le provençal, langue autonome ou dialecte d’une autre langue ? Cette dernière question en induisant nécessairement d’autres quant au rapport au monde des défenseurs de l’une ou l’autre position : les termes « dialecte » et « langue » sont en effet particulièrement connotés en français, négativement pour le premier, positivement pour le second. Par ailleurs, dans les deux cas, nous sommes confrontés à des mouvements qui ont intégré la dimension moderniste de l’idéologie dominante qui iconise le lien entre langue et territoire : ainsi, si en France on parle français, en Provence on doit parler provençal, et à l’inverse l’existence d’une langue occitane justifie l’existence de l’Occitanie. Or, pour se développer, un mouvement militant doit être pensé en termes d’entitativité10 forte, particulièrement sur un marché fortement concurrentiel, où par ailleurs les profits symboliques et matériels sont relativement modestes. Dans ce contexte, le discours global, assimilant la question de la diversité linguistique à une question écologique, associant la problématique provençale à la problématique des langues en danger, peut permettre une première légitimation, mais il ne peut suffire à distinguer les acteurs, du fait de son acceptation partagée au sein des divers mouvements. Le marché du militantisme provençal est déjà largement saturé : plusieurs associations sont installées depuis plusieurs dizaines d’années (1854 pour le Félibrige, 1945 pour l’Institut d’Études Occitane (cf. Abrate, 2001 ; Martel, 1987), pour citer les plus anciens) et sont organisées autour de positions désormais établies à la fois en termes de choix graphiques normés, et des désignations des variétés linguistiques à l’intérieur de limites linguistiques communément admises. L’Union Provençale est certes plus récente, mais elle a près de 30 années d’activité derrière elle. L’entitativité (entitativity) est une notion développée en psychologie sociale par Hogg, et définie comme les propriétés d’un groupe qui le font apparaître en tant qu’entité cohérente, distincte et clairement structurée (Hogg, 2005, p. 206). 10 5 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Un nouvel acteur sur la scène militante : Le Collectif Prouvènço Les questions qui se posent autour de l’entrée sur le marché discursif linguistique d’un nouvel acteur (le Collectif Prouvènço est créé en 2000 : T3, p.10) sont donc autant « pourquoi ? » que « comment ? ». Les liens entre les mouvements porteurs de T3 et de T2 sont néanmoins aisément démontrables. Outre la présence du Collectif comme association mentionnée dans T3 (p.10), le site du Collectif Prouvènço propose à la signature du public, depuis 2007, un « Manifeste pour la Provence11 » pour « obtenir la reconnaissance de la langue provençale » et « promouvoir le provençal comme langue de France à part entière ». Ce document s’ouvre de la manière suivante : La langue provençale est vivante, à l’image de la culture qu’elle porte. La vitalité de l’édition, de la chanson, de la presse d’expression provençale, du théâtre ou des associations culturelles en est la démonstration. Or, T3 s’ouvre de la même manière sur une phrase similaire : La langue niçoise et la langue provençale sont bien vivantes, à l’image de la culture qu’elles portent. La vitalité de l’édition, de la chanson, de la presse d’expression provençale ou niçoise, du théâtre ou des associations culturelles en est la démonstration (p. 2). Une première manière d’entrer sur le marché consiste ainsi à utiliser des références intertextuelles claires à destination des sympathisants de l’une des principales parties en présence (ici les sympathisants de T3, mais aussi plus largement ceux attachés à une définition locale de leur identité), en d’autres termes de construire une similarité avec l’existant. Il s’agit dans un second temps de construire la différence, et de la faire accepter. La difficulté principale provient du fait que l’autorité (celle de la tradition, de l’histoire, de la littérature) se trouve, en ce qui concerne la Provence, largement établie du côté du Félibrige. Cette légitimité est donc à aller chercher ailleurs. Ainsi, dans T2, la légitimité provient de la Loi elle-même, plus précisément de la Constitution, donc du peuple à travers ses représentants. Le document s’ouvre ainsi sur la phrase suivante : « En 2008, le congrès a modifié la Constitution, désormais : les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France (art 75.1 de la Constitution française) ». Cette reconnaissance en appelle une autre, Manifeste pour la Provence, site du Collectif http://www.collectifprovence.com/spip.php?article1&debut_signatures=90, consulté le 07/09/2009. 11 Prouvènço, 6 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   puisqu’il s’agit de demander « la reconnaissance de la langue provençale comme l’une des LANGUES D’OC au sein des langues de France ». La juxtaposition des deux phrases implique ainsi une causalité, presque une nécessité, entre les deux événements, l’un fondant la nécessité de l’autre. Cependant, l’autorité provient également, symboliquement, « des provençaux » euxmêmes, qui « sont majoritairement attachés au patrimoine linguistique et à l’identité de leur région provençale », et qui complèteraient par leur revendication, au niveau local, la décision de la représentation nationale. La phrase suivante précise : Pour se faire entendre et faire aboutir des revendications légitimes, l’Assemblée Générale du Collectif Prouvenço, réunie à Saumane de Vaucluse le dimanche 22 mars 2009 lance un appel à manifester le 3 octobre prochain entre les villes de Beaucaire et de Tarascon. Un lien, dont la nature n’est pas précisée, est établi entre “les Provençaux” et « l’Assemblée Générale du Collectif Prouvènço », permettant de laisser penser que l’appel à manifester est la conséquence de l’attachement des « Provençaux » à leur langue. D’autre part, ce lien implicite laisse entendre que l’association, et son Assemblée Générale, auraient une légitimité à parler au nom des « Provençaux », sans que soit précisé qui est inclus sous cet ethnonyme. Ainsi ici, l’autorité ne viendrait donc pas directement de la tradition ou de l’existence d’une littérature prestigieuse et ancienne, comme pour le Félibrige, mais du peuple lui-même. Dans ce but, les « Provençaux » sont nécessairement homogénéisés, et un lien iconique de type moderniste est également créé entre la « région provençale », la langue, et le peuple. Dans les documents sélectionnés, la différence entre mouvements militants concurrents n’est pas construite sur l’opposition la plus saillante, à savoir une distinction basée sur une utilisation de codes graphiques différents (cf. Bayle, 1968 ; Vernet, 1987). Le Félibrige et l’Institut d’Études Occitanes sont en effet regroupés dans le collectif organisant la manifestation de Béziers (T1) malgré des choix graphiques différents, le Félibrige ayant tendance à favoriser le système mis au point au 19e siècle lors de la Renaissance provençale félibréenne, l’IEO préférant un système basé sur une reconstruction d’un occitan administratif médiéval. Ce qui fonde ici la différence principale entre T2 et T1, c’est bien le cadre géographique de référence – la région administrative pour T3 et T2 (fait suffisamment rare en France pour être souligné) et un espace supra-régional pour T1 –, ainsi que les noms utilisés pour désigner la langue : provençal vs. occitan / langue d’oc. 7 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Enjeux de la différence Il est particulièrement intéressant de constater que les enjeux symboliques que recouvrent ces discours, semblent exclure la question de la bonne communication entre membres d’un groupe, qui est pourtant habituellement centrale dans les revendications des mouvements d’hygiène verbale (Cameron, 1995, pp. 23-25). Ceci peut se concevoir dans la mesure où la langue qu’il s’agit de défendre ici n’est plus le moyen exclusif de communication d’aucun groupe social, son déclin la confinant à des fonctions de plus en plus symboliques. De fait, il est à noter que les locuteurs eux-mêmes sont singulièrement absents des textes de notre corpus. Les seuls acteurs sociaux représentés sont d’éventuels utilisateurs de l’occitan (T1 : « ceux qui le désirent [doivent pouvoir] l’utiliser », nous soulignons), les « promoteurs de la langue provençale » (T3, p. 2), les « enfants [des langues provençales et niçoises] » (T3, p. 2), « l’ensemble de la société provençale/niçoise » (T3, p. 3), les « Provençaux » (T2), et un « nous » indéterminé (Provençaux ou militants) dans T2, que l’on retrouve à plusieurs reprises : « nous sommes et nous serons », « Nous nous rassemblerons à Beaucaire ». Face à ces groupes non clairement identifiés, on trouve néanmoins, bien identifiée quant à elle, la puissance publique. Cette absence de locuteurs, et ce peu de référence à une pratique linguistique semblent indiquer que s’il ne s’agit pas à proprement parler de revendiquer une langue de peur que la communication entre ses locuteurs ne devienne imparfaite au point de risquer la dislocation d’un groupe. Il s’agit pourtant bien ici de communiquer, selon nous, non pas avec quelqu’un, mais quelque chose. Cet élément à communiquer nous semble tenir à la fois d’une dimension visant à imaginer le groupe que l’on cherche à faire exister, pour reprendre la terminologie d’Anderson (1983), en même temps que d’une conception politique de l’avenir de ce groupe. T3 et T1, de par leurs références à la diversité linguistique, et de par leurs revendications adressées au principal centre du pouvoir (Woolard, 2004) en France, semblent a priori s’inscrire dans un rapport classique de revendication périphérie vs. centre, ou, pour reprendre la terminologie de Martel, dans la problématique Nord vs. Sud, idée récurrente dans le discours politique et historique français (Martel, 2002). Le discours de T2 nous paraît quant à lui plus complexe. Nous avons vu qu’il utilise des stratégies de distinction basées sur une légitimité qui serait populaire plutôt qu’historique ou 8 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   littéraire, tout en s’inspirant largement du discours de T3. L’antagonisme entre militants « provençalistes » et « occitanistes » est certes ancien en Provence (cf. Bayle, 1968, 1979, 1982), mais le phénomène de manifestations concurrentes est, lui, nouveau. La signification même de l’acte de manifestation comme acte de magie sociale (Bourdieu, 1980) appelle une analyse plus poussée. Le discours de T2 qui s’inscrit dans cette continuité de la querelle graphique et passe par un processus de construction discursive d’un Autre négatif et potentiellement menaçant. Considérons à présent l’extrait suivant de T2 : « La reconnaissance des Langues d’Oc est plus que jamais à l’ordre du jour. La globalisation occitane ne peut conduire qu’à l’échec de la mise en œuvre d’une politique régionaliste authentique » [l’ensemble de ce passage est en gras dans le texte original, mais les termes ici soulignés sont de notre fait]. Ce passage clef, souligné par l’utilisation de caractères en gras, nous semble en fait le cœur même du texte, et le cœur même du débat. Il permet de définir ce que doit être une bonne politique « régionaliste », à savoir une politique « authentique ». Si ni l’un ni l’autre de ces termes ne sont définis, ils sont cependant opposés dans le texte à « la globalisation occitane », qui mettrait en échec cette « politique régionaliste authentique ». L’utilisation du terme « globalisation » fait écho à un phénomène plus connu en français sous le nom de mondialisation. De fait, l’opposition « authenticité » vs. « mondialisation » est une opposition politique désormais classique qui présuppose une vision d’une authenticité enracinée dans le local et la tradition face à une mondialisation vue comme désincarnée et menaçante, source de désordre, de décomposition (cf. Ali-Khodja & Boudreau, 2009) et de renversement de valeurs. D’autres textes du mouvement à l’origine de T2 soutiennent par ailleurs le refus du port de la bombe pour les cavaliers en Camargue et défendent le port du costume arlésien comme signe valorisant d’une identité provençale rhodanienne authentique. Il ne s’agit naturellement pas pour nous de chercher à stigmatiser un mouvement ou des pratiques culturelles spécifiques, mais de chercher à comprendre à quels discours ceux-ci se rattachent. La langue semble bien, dans ce contexte, vue comme menacée par des pratiques considérées comme extérieures, de la même manière que le sont d’autres pratiques culturelles. On pourrait interpréter ces positionnements comme les avatars modernes du débat gauche / droite, l’autre type de discours central dans le traitement discursif de la question « occitane » selon Martel (2002). Cette explication nous semble néanmoins réductrice par rapport à des 9 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   clivages en cours de redéfinition face à des enjeux internationaux forts et encore largement sous-étudiés. La « globalisation » invoquée dans ce texte convoque ainsi un certain nombre d’images négatives (délocalisations, pertes d’emploi, oubli des traditions, pertes de repères traditionnels, disparition de certains modes de vie). En associant ce terme à celui d’« occitan », T2 peut espérer rallier certaines oppositions à une « globalisation » économique et culturelle anonyme en désignant et en identifiant un ennemi commun. Potentiellement, le texte cherche à en rallier les victimes (ouvriers, paysans, salariés) face aux supposés bénéficiaires, les classes moyennes et/ou supérieures, que représenterait la tendance inverse (le mouvement occitaniste est décrit sur le site du Collectif Prouvènço comme un mouvement de « bobos »12). Ailleurs, le Collectif Prouvènço reproche par exemple au mouvement occitaniste d’avoir « horreur du costume provençal et de son folklore13 ». La distinction avec les autres discours militants s’opère donc en partie par la recontextualisation d’un discours politique contemporain disponible sur la scène nationale, susceptible d’attirer une sympathie large parmi les classes populaires, premières victimes des phénomènes décrits plus hauts. Si l’on peut penser que ce type de discours représente ce que Fairclough appelle une « stratégie manipulatrice » (Fairclough, 1992), en vue d’imposer un classement du monde particulier sur un marché limité, nous voudrions ici suggérer une possible seconde explication. Ce discours rappelle en effet ce que Cameron nomme « l’horreur de l’homogénéisation » : [w]hat animates today’s concerns about language endangerment and ‘death’ might be thought of as a ‘horror of homogeization’, rooted […] in contemporary geopolitical realities / [c]e qui anime les préoccupations contemporaines sur les langues en danger et leur mort peut être pensé comme une ‘horreur de l’homogénéisation’, qui prend racine dans les réalités géopolitiques contemporaines (2007, p. 282). Le débat sur la question linguistique cristallise, et permet d’exprimer, des peurs et des angoisses, qui, bien que réelles, ne sont pas immédiatement liées à des questions linguistiques. Le domaine de la langue permet l’expression d’un débat qui, dans un autre contexte, devrait s’exprimer par d’autres conceptualisations peut-être plus délicates à manier, et qui reflète les Cf. « Nous en avons assez de ces "Bo-b’Oc" qui vous disent que la Provence n’est qu’une partie de la grande Occitanie dont la langue se dit "langue d’oc" au singulier, ou "provençal occitan », http://www.collectifprovence.com/spip.php?article107, consulté le 04/01/2010. 13 Revue Me dison Prouvènço (publiée par l’association Collectif Prouvènço) n°16, Janvier 2007, p. 12. 12 10 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   opinions de certains groupes percevant la mondialisation, phénomène complexe et multiforme (Fairclough, 2006), comme profondément anxiogène. Ces groupes investissent en conséquence des domaines comme la langue et ses rapports à l’identité, dans le cadre d’une idéologie dominante (tant au sein du discours autour de la langue dominante qu’au sein des divers discours militants en présence) liant de manière iconique langue et identité. Il ne s’agit donc pas pour eux de remettre en cause cet aspect de l’idéologie dominante, mais de demander une reconnaissance perçue comme source d’apaisement face à des phénomènes globaux jugés incontrôlables et angoissants dans leur remise en cause d’éléments d’un mode de vie plus traditionnel et authentique. On peut voir dans ces discours une manière de reprendre prise sur ces phénomènes, par l’association discursive occitan / mondialisation, le mouvement occitan symbolisant, en tant que bouc émissaire, l’ensemble de ces processus, réels ou supposés. Cette association, purement symbolique compte tenu des faibles enjeux véhiculés par les langues régionales en France, permet donc à moindre frais de s’attaquer à un phénomène autrement large, complexe et potentiellement effrayant dans lequel la disparition des langues locales n’est qu’un élément parmi d’autres. Paradoxalement néanmoins, cette peur de l’homogénéisation face à ce qui peut apparaître comme des mouvements anonymes passe également par une homogénéisation de l’in-group : T2 précise ainsi que « les provençaux sont majoritairement attachés au patrimoine linguistique et à l’identité de leur région provençale ». Cet argument, présenté comme une vérité partagée et généralement admise, a pour principal effet de présenter les Provençaux comme un groupe homogène, possédant une identité stable reconnue à l’intérieur comme à l’extérieur de ce groupe. Lorsque Cameron (2007) parle de peur de l’homogénéisation et le la mondialisation, elle fait référence à des réactions occidentales face à la perte de la diversité linguistique mondiale vécue comme un phénomène abstrait et lointain. Ici, c’est d’un phénomène sensiblement différent qu’il s’agit : nous sommes confrontés à des groupes qui ressentent comme une perte réelle la disparition de certains usages traditionnels, et qui, par le discours, expriment leurs angoisses et tentent de résister et de construire un avenir alternatif. Ces discours sont donc particulièrement intéressants en ce sens qu’ils sont un indice de peurs qui traversent la société française, et sans doute européenne, de manière plus générale ; il nous semble particulièrement important de ne pas les ignorer, mais au contraire de les étudier plus en détail afin de mieux cerner les tensions dont ils sont représentatifs. 11 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Conclusion Nous avons vu dans cet article comment une langue régionale est mise en scène de diverses manières, ici concurrentes, nécessairement complexes, mêlant diverses voix et discours. Cet acte de représentation aboutit ici à une représentation de la langue sur la scène publique à travers l’organisation de manifestations. Nous avons pu mettre en évidence néanmoins, que les luttes idéologiques présentes dans ces discours étaient symptomatiques de préoccupations bien éloignées des questions uniquement linguistiques qu’elles prétendent mettre en avant. On voit se refléter dans les oppositions discursives que nous avons mises en évidence des questions sociales profondes et complexes, ainsi que des réactions d’angoisse face à des phénomènes tout aussi complexes de mondialisation économique. A travers les discours sur la langue, ce sont aussi potentiellement des enjeux de classes qui apparaissent, face à une mondialisation vue par certains acteurs comme largement favorable aux classes moyennes ou dominantes. La langue offre par ailleurs un terrain discursif particulièrement favorable à ce type de discours en ce sens qu’elle permet l’expression de points de vue concurrents sur l’authenticité et, de fait l’identité de ses locuteurs, et sur les instances ou les personnes habilitées à dire qui est un locuteur authentique, un bon locuteur, qui est un provençal ou pas. Ces enjeux, dont le repérage relève bien de ce que Kroskrity (2009) nomme « clarification idéologique préalable », ne relèvent donc pas exclusivement de problématiques linguistiques. Il n’est donc pas certain que, malgré ce qu’écrit Kroskrity (2009, p. 80), l’identification d’idéologies concurrentes, et de leurs enjeux, permette d’éviter ou de minimiser les conflits du type de celui que nous avons analysé ici, et permette la mise en place de stratégies de revitalisation plus efficientes. Les enjeux symboliques, comme la conquête d’un CAPES spécifique de provençal ou la reconnaissance du provençal comme langue de France, par ailleurs sans conséquence politique réelle dans l’état actuel de la politique linguistique française, sont à la fois trop dérisoires – et précisément de ce fait trop importants – pour faire l’objet d’une conciliation. Ces enjeux révèlent in fine qui est légitime pour produire les divisions du monde social et qui a le pouvoir de distribuer le pouvoir au sein de la société provençale actuelle, même si la société provençale en question tend à être de plus en plus réduite. Il faudrait ainsi creuser la 12 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   question de la répartition et de la distribution des pouvoirs dans le cadre des « langues très en danger », langues dont la pratique tend à n’être plus que symbolique. Les enjeux peuvent ici apparaître minimes, mais ils sont symptomatiques d’autres enjeux, plus largement répandus dans nos sociétés occidentales, comme la résistance aux phénomènes de globalisation économique et culturelle. Dans ces discours, qui sont désormais entrés dans une phase de compétition d’autant plus vive que la langue finit de disparaître de ses derniers domaines d’usages traditionnels, on a noté l’absence totale de caractérisation des locuteurs. Le trois discours analysés sont des discours visant une action en termes de macro-politique linguistique, basée sur une approche en termes de besoins qui seraient identifiés de manière objective, bien que ces politiques aient largement échoué jusqu’à présent (Canagarajah, 2006, p. 154). L’approche en termes de « langue » et non de « locuteurs » ou de « processus », a par ailleurs pour conséquence importante le gommage d’autres types de conflits sociaux, liés par exemple aux rapports de domination entre classes, et à ériger d’autre conflits là où ce sont au contraire des solidarités de classe qui prévalaient par delà les différences linguistiques (cf. Merle, 1977, pour des exemples de discours ouvriers sur les questions linguistiques en Provence). Si cet article a pu constituer une première approche en vue d’une clarification idéologique préalable des mouvements de revitalisation linguistique en Provence, elle ne doit pas faire oublier que les discours retenus ici sont des discours militants écrits et destinés à être diffusés auprès d’un public large. Ils sont donc nécessairement particulièrement marqués en termes d’idéologie, et ne sont pas nécessairement représentatifs de tous les comportements et discours individuels observables sur le terrain chez les locuteurs, y compris chez les néolocuteurs, et même chez les militants. Notre travail se poursuivra donc par une analyse de discours recueillis au cours d’une enquête ethnographique pour parvenir à mieux les appréhender dans leur diversité afin de mieux comprendre les variations idéologiques des acteurs sociaux engagés dans ce processus. Références Abrate, L. (2001). Occitanie 1900-1968 : des idées et des hommes. Puylaurens: Institut d'Etudes Occitanes. Ali-Khodja, A., & Boudreau, A. (2009). Du concept de minorité à la pensée de l'exiguïté : pour une autre compréhension des phénomènes linguistiques. Langage et Société, 2009 / 3(129). Anderson, B. (1983). Imagined communities : reflections on the origin and spread of nationalism. 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Il faut donc, sur le territoire où se parle l'occitan, créer un environnement favorable à l’enseignement de la langue et dans la langue, à la création culturelle en occitan, à la présence de la langue dans les médias électroniques, audiovisuels et écrits, à son emploi dans la vie publique et sociale. Tout cela sera un encouragement à la transmission familiale de l'occitan. Les médias Nous voulons un service public de radio et de télévision en langue occitane. Nous demandons une aide spécifique pour les opérateurs privés (radios associatives, télévisions, presse) qui travaillent en faveur de la langue occitane. La création Le soutien à la création, c'est une politique spécifique en faveur de l’édition, du théâtre, du spectacle vivant en général, du cinéma et de la musique. La population doit pouvoir découvrir une culture trop souvent occultée. L’enseignement Il faut que chacun puisse choisir s'il le souhaite un enseignement sous des formes diverses: · un enseignement en occitan ( bilingue à parité horaire ou en immersion); · un enseignement de la langue et de la culture occitanes · un enseignement spécifique en direction des adultes Il s'agit d'une politique d'offre généralisée. La vie publique L’occitan doit être présent dans la vie publique. Cela veut dire par exemple : · le respect de la toponymie et la mise en place d’une signalisation bilingue ; · l’encouragement à l’utilisation de la langue occitane dans les lieux publics et dans la vie sociale. Toutes ces demandes ont pour seul but de permettre à une langue de vivre et à ceux qui le désirent de l'utiliser . Elles s'adressent à la fois aux collectivités locales occitanes (communes, communautés de communes, départements , régions) et à l’Etat. Chacun doit prendre en charge ce qui est de sa responsabilité. Il appartient à l'Etat d'adapter sa législation. Coordinacion Anem Òc ! 16 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Institut d'Estudis Occitans, organisme culturel reconnu d'utilité publique F.E.L.C.O. Fédération des Enseignants de Langue et Culture d'Oc Calandreta, écoles occitanes associatives laïques Òc-Bi, association de parents d'élèves pour l'enseignement bilingue public Felibrige, mouvement de défense de la Langue d'Òc fondé en 1854 par Fréderic Mistral *allons oui ! pour la langue occitane ! __________ Grande manifestation pour la langue et la Culture Provençales (T2) Sian e saren Grande manifestation “Sian e saren” “nous sommes et nous serons” Contre une pensée et une langue unique Samedi 3 octobre 2009, de 14h00 à 18h00. En 2008, le congrès a modifié la Constitution, désormais : les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France (art 75.1 de la Constitution française). Le Collectif Prouvènço considère que c’est un pas décisif vers la reconnaissance de la langue provençale comme l’une des LANGUES D’OC au sein des langues de France. Une loi devrait voir le jour dans les mois à venir. Celle-ci listera l’ensemble des langues régionales de France. Il existe un risque important que le provençal comme l’ensemble des autres langues d’oc soient classées comme sous-dialecte de l’occitan ou d’une langue d’Oc unique. Les provençaux sont majoritairement attachés au patrimoine linguistique et à l’identité de leur région provençale. Pour se faire entendre et faire aboutir des revendications légitimes, l’Assemblée Générale du Collectif Prouvènço, réunie à Saumane de Vaucluse le dimanche 22 mars 2009 lance un appel à manifester le 3 octobre prochain entre les villes de Beaucaire et de Tarascon. L’assemblée Générale appelle toutes les associations, tous les provençaux, l’ensemble des pays d’Oc, à se joindre à cette manifestation pour faire de cette journée un temps fort. La reconnaissance des Langues d’Oc est plus que jamais à l’ordre du jour. La globalisation occitane ne peut conduire qu’à l’échec de la mise en oeuvre d’une politique régionaliste authentique 17 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Nous nous rassemblerons à Beaucaire, puis nous dirigerons en cortège pacifique vers Tarascon où des prises de paroles et des concerts seront proposés. Ensemble nous manifesterons pour : *la reconnaissance de la langue provençale comme l’une des langues de France *la prise en compte de la pluralité des langues d’Oc (béarnais-gascon, languedocien, limousin, auvergnat, provençal, cévenol et nissart) *la création de CAPES spécifiques "Langues d’Oc" avec options provençal, béarnais, languedocien, limousin, auvergnat, nissart, cévenol... *la création d’un Observatoire de la Langue et de la Culture provençales *la création de véritables émissions de radios et de télévision en langue provençale, dans notre zone territoriale * la mise en place d’une double-signalétique français/provençal étendue à l’ensemble des panneaux administratifs et de signalisation routière Ensemble, dans la diversité nous sommes forts. SIAN E SAREN ! Pèr lou Couleitiéu Prouvènço, Jan-Pèire Richard __________ Pourquoi un livre blanc ? (T3) La langue provençale et la langue niçoise sont bien vivantes, à l'image de la culture qu'elles portent. La vitalité de l'édition, de la chanson, de la presse d'expression provençale ou niçoise, du théâtre ou des associations culturelles en est la démonstration. Le succès d'audience des émissions en provençal et niçois de France 3 Méditerranée le confirme. Malgré les handicaps qu'a pu constituer une certaine évolution de la société dans le cadre de la politique longtemps hostile de l'État, le provençal et le niçois ont bénéficié de l'attachement que leur vouent les habitants de leurs aires géographiques quelle que soit leur origine, évitant ainsi que ces langues ne deviennent résiduelles et soient en voie de disparition. Ces dernières années, une prise de conscience accrue de l’importance de nos langues s’est manifestée dans notre région par une mobilisation sans précédent des populations et associations, ainsi que des collectivités territoriales et des élus. 18 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Il n'en reste pas moins que le provençal et le niçois sont en danger. Ils sont mentionnés comme tels dans l’Atlas des langues en péril dans le monde, de l’UNESCO (1996, réédition 2002). Leur transmission familiale est de moins en moins assurée, leur enseignement reste très limité et leur place dans la vie quotidienne s'efface progressivement, y compris dans le domaine privé auquel elles ont été longtemps cantonnées. Il y a donc urgence pour nous, promoteurs de la langue provençale, de la langue niçoise et du plurilinguisme en général, à définir les actions prioritaires qu'il nous faut mener pour redonner aux langues de Provence, à côté du français, la place qu'elles méritent. Ce faisant, nous voulons sauvegarder le patrimoine qu'elles constituent et permettre à ses enfants, qu'ils y aient leurs origines ou non, de s'enrichir de la culture et de la langue du coin du monde où ils vivent. Les langues provençale et niçoise sont en effet profondément liées à leur aire géographique, historique et culturelle. C'est de là qu'elles tiennent leur nom, et par là que passe la conscience linguistique et culturelle de leurs usagers. Elles sont indissociables de leur territoire. Elles ont des rapports privilégiés avec les autres langues du domaine linguistique d’oc. La langue provençale, tout comme la langue niçoise, sont riches de leurs variétés, qui sont d'égale valeur hors de toute hiérarchie. La disparition de l'une de ces variétés serait une perte irremplaçable pour le patrimoine culturel de la région et, plus largement, de l'humanité. La philosophie étant ainsi réaffirmée, rappelons le sens de la démarche engagée par le mouvement culturel provençal et niçois. Depuis une vingtaine d’années, un important travail de recherche scientifique, de concertation associative et d’élaboration de propositions a été réalisé. Plusieurs États généraux des langues provençale et niçoise ont ainsi permis de dresser l’état des lieux, de faire le bilan des actions, et de lancer quelques pistes d'avenir. Il paraissait important d'aller plus loin dans la démarche en précisant quelles étaient les priorités pour assurer notamment l'avenir des langues provençale et niçoise et la richesse plurilingue de notre région. Se fixer des objectifs et se donner les moyens de les mettre en œuvre. En demandant aux pouvoirs publics de jouer leur rôle dans une véritable politique de développement des langues provençale et niçoise, mais aussi en amenant le mouvement culturel provençal et niçois à s'engager clairement sur un certain nombre d'actions qu'il estime primordiales et en y associant la société civile. Les associations sportives, les entreprises industrielles, agricoles et de services, les médias, les éditeurs, les commerçants [...] ont aussi leur place dans cet engagement pour l'avenir des langues provençale et niçoise. Ce Livre blanc, élaboré au terme d'une riche concertation au sein du mouvement culturel provençal et niçois, sera présenté à l'occasion des premières Assises nationales des langues de France, le 4 octobre 2003 à Paris. Mais la démarche ne s'arrêtera pas là. Elle devra se poursuivre pour s'élargir aux acteurs de la société civile, car tout un chacun, quelle que soit son origine, est concerné par le devenir des langues provençale et niçoise. 19 J.  Costa  -­‐  Du  local  au  global  :  essai  de  CIP   Version  de  mai  2010   Le provençal et le niçois sont les langues de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le provençal est aussi la langue de l'Ardèche, de la Drôme et du Gard provençaux. Elles deviendront ce que l'ensemble de la société provençale/niçoise en fera. L'heure est à la prise de conscience, à la mobilisation, à des mesures concrètes, efficaces et adaptées. l'astrado prouvençalo - chambro sendicalo de la prèsso prouvençalo - collectif prouvènço conseil culturel du comté de nice - association " éditions dictionnaires français-provençal " fédération des associations du comté de nice - fédération folklorique méditerranéenne - irepcome - parlaren en vaucluso - le pays gavot - prouvençau a l’escolo - prouvènço-bus - unioun dis escrivan prouvençau - unioun prouvençalo 20
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